Le CID Alsace a accueilli le week-end du 24/25 janvier 2026, Fabrice Croizé, DFR Grand-Est, pour un stage organisé par la Ligue Grand Est.
Voici son interview :
Pourquoi et quand avez-vous débuté l’Aïkido ?
J’ai commencé l’Aïkido en 1991 alors que j’étais étudiant, dans le club de sport universitaire. C’est un peu le hasard des choses qui a fait que m’inscrive à l’aïkido : il y avait judo, aïkido, karaté et un ami de l’époque m’a conseillé de faire de l’aïkido, en me disant que c’était pour moi. Et depuis j’y suis toujours…
Pourquoi continuer ?
Alors pour plusieurs raisons : je continue en premier lieu parce que j’ai beaucoup de plaisir sur le tatami, que je sois enseignant ou que je sois élève, simple pratiquant.
Ensuite la pratique fait maintenant partie de ma structure de vie : le temps passé sur le tatami, l’énergie déployée, la fatigue associée, tout ça s’est intégré et structure mon quotidien.
J’ai également la chance d’avoir à mon dojo un groupe fort et motivé, cela porte beaucoup !
Tout cela maintient la passion pour cette discipline très vaste et riche, et dans laquelle je me sens régulièrement progresser. Mes marges de progression, de développement et de recherche me paraissent encore très vastes.
Tous ces aspects entretiennent la flamme au quotidien !
Selon vous, comment pratiquer l’Aïkido ?
À mon sens, l’idéal, c’est de donner son maximum physique et psychologique du moment à chaque fois qu’on monte sur un tatami.
Ensuite, bien sûr, garder l’esprit ouvert et prêt à apprendre quelque chose des interactions est également important. Et avec la maturité, trouver le recul pour envisager comment travailler avec chaque partenaire, selon le niveau et l’engagement de chacun.e.
Selon vous, comment enseigner l’Aïkido ?
C’est une question là encore assez vaste et la réponse varie avec le temps et l’expertise que l’on a. Il y a plusieurs aspects là-dedans.
Je dirais que le premier, quand on veut enseigner, c’est d’avoir acquis une formation solide auprès de professeurs compétents. C’est vraiment à mon sens le premier pas si on veut pouvoir nourrir ses élèves correctement.
Deuxième point, c’est le côté animation. Il est primordial d’avoir une animation qui soit positive et énergique. C’est le sentiment, l’ambiance dans lequel les élèves apprennent, pratiquent, qui va inconsciemment motiver. Ce ton qui est beaucoup donné par l’enseignant. Donc c’est très important de soi-même transmettre ce type d’énergie au groupe.
Et troisième point qui me paraît également majeur, c’est d’être soi-même continuellement en train d’essayer, de continuer à être pratiquant, d’apprendre, bref d’être en recherche. C’est aussi quelque chose qui va se transmettre inconsciemment au groupe et rendre l’enseignement intéressant et non figé ou déclinant.
Donc c’est trois aspects : être bien formé, avoir une animation dynamique et enfin être en recherche.
Selon vous, comment donner envie à ses élèves de continuer à pratiquer ?
Cela me paraît très lié à la question précédente. Le plaisir que les élèves vont trouver sur le tatami, le bien-être ressenti après le cours, la qualité du groupe, le dynamisme de l’animation, la rigueur technique et l’esprit de recherche, tous ces points vont nourrir la sensation de progresser.
Si ces éléments sont régulièrement réunis, un certain nombre d’élèves vont accrocher fortement et perdurer dans la pratique.
Avec eux on pourra sans doute aborder petit à petit des aspects plus engagés et moins grand public de l’aïkido.
Au final, je pense qu’il faut cependant garder à l’esprit qu’on ne sait jamais tout à fait ce qui est transmis aux élèves, du pourquoi et du jusqu’où ce que l’on tente d’apporter va avoir un impact. Faisons de notre mieux, c’est le meilleur point de départ.
Selon vous, quelle est l’évolution de la pratique de l’Aïkido en France ?
Je ne suis pas sûr d’avoir le recul nécessaire pour juger cela. On sent bien que par moment, certaines régions, certains endroits, certains dojos progressent parce que des gens de qualité s’y engagent, peut-être que les circonstances y sont favorables, et qu’à l’inverse par moment aussi, soit l’institution, soit des clubs ou des régions se mettent à décliner parce que les gens en charge ne font pas le travail adéquat. Il y a certainement une part de cycles là-dedans.
Mais par manque de recul, je serais bien en peine de juger où en est l’aïkido national en ce moment.
Avez-vous une anecdote à propos de votre parcours dans l’Aïkido que vous aimeriez partager ?
Je n’ai pas d’anecdote particulière, mais plutôt une leçon de modestie. Il m’est arrivé à de nombreuses reprises de juger un peu rapidement un.e enseignant.e à ce que je voyais, et quand ensuite je suis passé dans ses mains d’avoir une vision complètement transformée de ce qu’il/elle proposait, et de la façon dont c’était proposé, de l’intérêt qu’il y avait à l’intérieur. Bref que c’était beaucoup plus intéressant que ce que j’avais perçu de prime abord. Donc je dirais une leçon de modestie quant aux jugements un peu hâtifs.
Qu’est-ce que vous souhaiteriez voir changer au niveau de l’Aïkido ?
J’aimerais voir plus de gens s’engager fortement dans la discipline et la considérer avec sérieux, pas juste la survoler ou d’y picorer ce qui leur convient.
Et dans le futur ?
Mon souhait serait que l’Aïkido revienne à la mode et que les bienfaits de la pratique puissent être largement diffusés, parce qu’au-delà de ses bienfaits physiques et mentaux, il me paraît évident que notre discipline a beaucoup à dire à la société en termes de vivre ensemble.
Avez-vous un site à conseiller pour que les pratiquants puissent mieux vous connaître ?
J’ai bien sûr mon site personnel : http://www.fabricecroizeaikido.com
Mais le plus intéressant, c’est que l’on se rencontre en vrai sur le tatami !



