Présentation de Grégory De Frutos – CTA – Animateur du stage des 14 et 15 février 2026 à Colmar

Le CID Alsace a proposé un stage CTA. Grégory De Frutos, 6èDan, membre du CTA/CTR a été un des animateurs de ce stage.

Voici son interview :

Pourquoi et quand avez-vous débuté l’Aïkido ?

J’ai commencé l’Aïkido à l’âge de 6 ans et l’an prochain cela fera déjà 50 ans de pratique… Au départ, je souhaitais faire du judo mais le club à côté de chez moi ne prenait les enfants qu’à partir de 7-8 ans. Par contre, on m’a permis à l’Aïkido, de le pratiquer et ce, malgré mon jeune âge. Et depuis, je n’ai plus jamais arrêté !

Pourquoi continuer ?

Lorsque l’on se plonge complètement dans une activité de façon passionnée, on comprend très vite que la quête est sans fin, que lorsque l’on ouvre une porte, on en voit plein d’autres derrière. En cela, je trouve notre recherche passionnante car on grandit en même temps que son Aïkido…et finalement, que l’on soit musicien, peintre, sculpteur… ou sur un tatami à faire de l’Aïkido, le principe reste le même.

Ensuite, ce qui me stimule toujours c’est de partager notre pratique avec nos pratiquants de club et de les voir progresser et s’épanouir. Leur donner les outils et les aider à poursuivre leur propre chemin est vraiment génial et gratifiant. L’Aïkido est une grande source de partage sur les tatamis mais aussi en-dehors où de grandes amitiés peuvent naître !

Selon vous, comment pratiquer l’Aïkido ?

La pratique de l’Aïkido a une force incroyable : elle nous permet de pratiquer tout au long de notre vie. On progresse mais on s’adapte plus ou moins naturellement…du moins, cette adaptation est indispensable car l’Aïkido reste un art martial. Sa force est dans la relation à l’autre. Sans mon partenaire (et je précise bien partenaire et non adversaire), je ne fais que gesticuler seul dans mon coin. Cette adaptation permanente est une source de stimulation sans limite. Dans ma pratique je fais toujours mon maximum pour m’adapter et écouter l’autre avec honnêteté…et plus je pratique et plus cette harmonie avec mon partenaire est importante.

Selon vous, comment enseigner l’Aïkido ?

L’enseignement de l’Aïkido est complexe et différent chez les enfants, les seniors et les adultes. J’ai beaucoup de respect envers les enseignants enfants et seniors car, celui qui a un peu d’expérience dans l’enseignement, sait très bien qu’enseigner aux enfants et/ou aux seniors et s’adapter à eux est très difficile et demande de grandes compétences pédagogiques et didactiques. Enseigner à un enfant de 6 ans n’a rien à voir avec un adolescent et enseigner à un adulte de 25 ans est complètement différent d’un senior de 65 ans…et encore plus s’il débute !

Chez les adultes « classiques », les exigences peuvent être plus présentes. Ils attendent beaucoup de nous et c’est toujours un numéro d’équilibriste de jongler entre leurs « rêves » de progresser, de passer des grades tout en leur montrant le chemin de l’Aïkido qui finalement est assez éloigné de toutes ces considérations. J’essaie dans mes cours, de donner de la « nourriture » à tous les pratiquants avec humilité et d’insister surtout sur les principes plutôt que sur des formes où, la tentation serait grande ensuite, de ne reproduire que des gestes de façon stérile car ils me correspondent à moi mais pas forcément à eux, leur âge, leur physique…mais que ce soit chez les enfants, les seniors ou les adultes, il y a un point commun qui est très important : le plaisir et le fait de passer un bon moment car dans la relation à l’autre l’aspect social est très important surtout de nos jours où le replis sur soi est de plus en plus prégnant.

Selon vous, comment donner envie à ses élèves de continuer à pratiquer ?

Tout d’abord, il convient d’écouter ce qui amène un pratiquant sur un tatami et de bien comprendre ce qu’il aimerait. C’est ensuite à l’enseignant de rationaliser tout cela pour adapter son exigence et ses propositions aux besoins de ses élèves. Dans mes cours, j’essaie souvent de proposer différents niveaux de pratique de façon magistrale ou alors de façon le plus souvent d’ailleurs, individuelle lorsque je les observe travailler. Cette attention est je pense, appréciée. Ne rien imposer (sauf les consignes de sécurité par exemple) mais avoir toujours à l’esprit que notre pratique doit rester un plaisir, qu’elle se fait généralement après une journée de travail, que cela peut avoir un impact familial et que cela demande un « effort » chez le pratiquant…il faut toujours rester bienveillant et à l’écoute de l’autre sur et hors du tatami mais en restant fidèle à ses principes, à ce qui est important pour soi en tant qu’enseignant et en tant que pratiquant.

Selon vous, quelle est l’évolution de la pratique de l’Aïkido en France ?

L’Aïkido en France est globalement déjà d’un grand niveau technique avec de nombreux très bons experts. Les Ligues et CID font un boulot incroyable. Quand on regarde la richesse de ce qui est proposé dans notre région pour pratiquer, se former…c’est de l’or pour tout pratiquant ! Mais forcément le monde bouge, évolue et l’aïkido est parfois tiraillé entre une pratique au plus près de son héritage et une société qui ne cesse de changer. On essaie d’adapter notre art à des composantes sociétales qui parfois pourraient nous éloigner de son essence. Mais si on sait d’où l’on part et que l’on ne l’oublie jamais, je pense que les risques de nous perdre en chemin sont limités. Il vaut toujours mieux regarder devant soi tout en sachant d’où l’on vient. C’est un principe qui dépasse d’ailleurs largement nos tatamis !

Par exemple, au gré de nombreuses lectures, j’ai régulièrement le besoin de me replonger dans les Kihon Waza pour ensuite m’en détacher un peu à nouveau…avant d’y revenir !

Avez-vous une anecdote à propos de votre parcours dans l’Aïkido que vous aimeriez partager ?

Mon professeur de « cœur » lorsque j’étais enfant et adolescent qui était Charles Schilling, me répétait souvent : « tout est bon dans l’aïkido à partir du moment où c’est bien fait ». Je pense qu’il avait tout compris !

Qu’est-ce que vous souhaiteriez voir changer au niveau de l’Aïkido ?

J’aimerais continuer à voir une pratique qui prend toujours en compte le travail de Uke ET de Tori. Les deux sont indissociables et se nourrissent mutuellement. La tendance au replis sur soi, à l’individualisme est très présent de nos jours et en ce sens, l’Aïkido nous le rappelle à chaque technique qu’à deux on sera toujours plus fort que tout seul !

Cela fait de nombreuses années que j’ai la chance de pouvoir travailler pour notre CID et la LGE. Et ce travail en équipe nourrit mon Aïkido car j’y ai fait de très belles rencontres et ce n’est pas fini…

Il y aura toujours de grands Maîtres qui incarneront une vision de l’Aïkido très forte et qui donneront un cap, une direction vers laquelle on peut se rendre…ou pas d’ailleurs…mais le travail en équipe est très stimulant et se nourrir d’expériences diverses me fait gagner du temps et enrichit toujours un peu plus ma recherche…enfin, c’est ainsi que je le ressens.

En ce sens, je trouve qu’intervenir au sein d’un collectif de techniciens est une bonne chose pour les pratiquants qui peuvent aussi profiter d’expériences riches et variées.

J’applique d’ailleurs ce principe au sein de mon club où avec bonheur, je partage les cours avec d’autres enseignants. Cela plait aux pratiquants et même si je reste celui qui donne le « la » de part ma fonction de Responsable Technique et Pédagogique, chacun interprète sa partition à sa façon. Ce n’est pas évident de rester cohérent entre-nous car on a tous des parcours différents mais on fait notre maximum pour proposer une direction commune. C’est passionnant !

Et dans le futur ?

Que l’Aïkido perdure et continue à se développer car il incarne des valeurs fondamentales et encore plus par les temps troubles que nous vivons. Que l’on puisse tous continuer à pratiquer ensemble que l’on soit jeune, âgé, homme, femme, enfant, senior, …que les valeurs de notre art continuent à se répandre pour avoir des moments de pratique où on est tous ensemble dans le partage et le respect mutuel sans distinction, ni préjugés.

Avez-vous un site à conseiller pour que les pratiquants puissent mieux vous connaître ?

Le site du club où je propose des cours (https://www.aikido-fegersheim.org/) : on découvre un peu mon enseignement et ma pratique mais rien ne remplacera un partage sur un tatami lors d’un stage ou une visite amicale sur notre tatami car je m’impose avec joie, de continuer à être pratiquant et de partager mon expérience avec mes camarades enseignants. Je les remercie d’ailleurs pour cela.

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